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:: La doula et la césarienne ::

Quand le korrigan est né, j’avais une doula à mes côtés. Elle m’a choyé, aidé à me laver, m’a aidé à m’occuper de mon bébé, me l’a passé et aidé à le mettre au sein, m’a massé. Et même si le korrigan est mon deuxième enfant, sa présence n’avait pas de prix. D’ailleurs j’ai su que désormais mes propres accompagnements, ma pratique, changeraient car j’avais eu une doula à mes côtés pour cette grossesse et cet accouchement. Paradoxal quand on pense que j’accompagnais déjà des femmes enceintes depuis environ quatre années.
Depuis le korrigan, j’ai accompagné de nombreuses femmes dont certaines qui m’ont demandé d’être leur doula pour leur césarienne alors que moi je n’avais accouché que par voie basse. Je n’ai pu que m’imaginer des besoins de ces femmes alors qui allaient mettre au monde leur bébé par voie haute. A ce moment là, quand il fallait y aller, je ne me posais pas de question: je prenais mon sac de doula et je partais pour être aux côtés de ces femmes, ces couples qui allaient rencontrer leur bébé. Mais ça c’était avant et du coup je me demande si j’étais bien positionnée, si j’étais une bonne doula ou pas. 
J’ai eu ma césarienne. Et comme nous l’avions souhaité, nous avions une doula à nos côtés. Initialement, elle aurait dû être à nos côtés pour une naissance déclenchée par voie basse en soutien émotionnel au père et pour moi aussi un peu quand même. Sauf que la catastrophe s’est abattue sur nos têtes et que là, heureusement qu’il y a eu notre doula à nos côtés. 
Là, où elle aurait pu se dire qu’elle n’avait plus sa place et que l’urgence médicale avait pris le dessus sur la physiologie, elle est resté dans la salle d’attente pendant des heures pour avoir des nouvelles. 
Quand le viking s’est retrouvé en peau à peau avec le farfadet en salle de naissance pendant qu’on me recousait, notre sage-femme est venu la chercher et elle a guidé le viking dans ses premiers pas de papa, elle les a bombardé de photos et de vidéos. Et en faisant ça, elle a créé quelque chose qui n’a pas de prix pour moi: elle m’a créé des souvenirs que je n’ai pas pu vivre moi-même car j’étais sous anesthésie générale. Avec le sage-femme, elle est devenue gardienne de ma mémoire pour deux heures. Deux heures, ce n’est rien dans une vie, et pourtant ces deux heures là correspondent aux deux premières heures de mon fils. Ces moments, ces cris, ces regards que je n’aurais pas vus, pas entendus.
Elle était là à travers le téléphone quand j’étais en salle de réveil et qu’on m’a apporté le téléphone du viking pour me montrer des photos du farfadet. Elle était là en m’envoyant des messages et des photos en me disant à quel point il était beau et à quel point le viking assurait dans sa nouvelle tâche de père et que le lien se faisait entre eux.
Elle était là pour le farfadet quand le papa a du prendre l’air et elle l’a relayé avec ses bras bienveillants et aimants et je lui suis reconnaissante d’avoir ouvert ses bras à mon fils quand j’en était pas capable. Elle était là pour me le mettre dans les bras avec son père quand j’ai enfin pu faire connaissance avec lui. Elle était là quand elle a amené le troll et le korrigan faire connaissance avec leur petit frère et elle m’a amené un petit panneau avec les premières photos du farfadet, pour moi des pièces manquantes du puzzle de cette naissance traumatique.
Elle était là pour prendre de mes nouvelles quand j’étais à la maternité.
Elle était là  pour qu’à mon retour on puisse reparler de notre vécu à tous: le viking, le farfadet et moi avons tous les trois vécu cette naissance d’une manière si violemment opposé et en reparler avec elle nous a permis de faire le lien. Elle a écouté et réécouté cette histoire qu’elle avait déjà entendu par bribes avec patience et bienveillance et a su accueillir en pudeur les larmes quand elles s’invitaient discrètement dans la conversation. Et vue que c’est une doula parfaite, elle est venue avec des repas tout faits pour que nous n’ayons pas à nous préoccuper de ça.  Et là je me dis, heureusement qu’elle était là. Pour lui. Et pour lui. Et pour moi. Pour nous.
Je ne sais si moi j’aurais été à la hauteur si j’avais vécu cette situation. Et si aujourd’hui ma pratique changera encore dans mes accompagnements, notamment de césarienne, ça sera grâce à elle. Merci S.

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